lundi 26 septembre 2011

Images de Grèce : de Paris-Match au photographe Kounio




Paris-Match a choisi pour son dernier numéro une image choquante, symbole de la Grèce et de « l’Europe en feu » : un commerçant de Thessalonique qui a tenté, le 16 septembre, de s’immoler par le feu devant sa banque, faute de pouvoir rembourser ses mensualités, et, sauvé de justesse.

D’après la banque, le fait divers, exceptionnel, ne doit pas être monté en épingle : il s’agit de la troisième tentative, pour une dette effacée depuis 2006… Se méfier donc des symboles faciles, sauf à ne retenir de l’épisode que le sauvetage in extremis !

Trois jours après, j’étais chez l’un des plus anciens magasins de photographie de la ville, Kounio, créé en 1917, dans le sillage de l’Armée d’Orient. Il exposait les jeunes photographes d’un concours organisé autour de la « Mer ». Une jeunesse bruyante, nombreuse, talentueuse et remplie de projets était dans la galerie, surprenant la Parisienne qui m’accompagnait, chargée des affaires internationales de la Fédération des Métiers de l’Image et du Son. Elle imaginait la Grèce en totale dépression…

Moment de gravité avec le propriétaire, qui nous montre un autoportrait de son père, juif déporté de Thessalonique, le jour de sa libération de son camps, et trouve la force de se photographier lui-même, avec l'appareil d'un soldat.

Longue conversation : dans la famille Kounio, on ne cède pas à l’adversité. Toutefois, la crise est bien là et le sort de l’entreprise bien incertain, malgré sa renommée et son dynamisme. « Que fera mon fils ? » s’interroge M. Kounio. Les nouvelles taxes ? Elles sont dures mais si elles doivent sauver le pays et son appartenance à l’Europe, elles doivent être acceptées par ceux qui peuvent les payer.

Une prière : que la déferlement des taxes cesse, afin de recréer un horizon prévisible pour les affaires. C’est aussi cela un Etat crédible. Et puis, un peu de compréhension est demandée à l’Europe pour une Grèce qui doit secouer des habitudes séculaires. Si les marchés réagissent à la seconde, les évolutions des sociétés demandent un peu de temps.

M. Kounio nous montre le diagramme peint sur les murs de son magasin : en parallèle sa famille depuis 1917, et les inventions, de Daguerre au numérique, qui ont créé notre civilisation de l’Image.

Leçon : La Grèce et les Kounio en ont vu d’autres ! De (terribles) photographies ne font pas toute l’histoire.

Ce sera une illustration pour l’anniversaire du philosophe de la « société du spectacle » Guy Debord, dont l’Institut français de Thessalonique prépare le 80ème anniversaire. C’est aussi l’une des raisons de notre présence ici : donner sens, entre Grecs et Français, à ces spasmes qui agitent notre monde : vaste programme.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire